Pour que nos enfants sachent comment nous avons été accueillis en 1962, pour qu'il comprennent notre amertume vis à vis de cette ingrate mère- patrie, j'ai jugé bon de publier ici quelques phrases qui font mal, tirées d'une étude originale et récente de Cécile MERCIER "Les Pieds-Noirs et l'exode de 1962" l'Harmattan avril 2003.

L'auteur , historienne, nous rappelle, à travers la presse métropolitaine d'alors, comment fut réellement vécue l'arrivée des rapatriés.
Article du Docteur Pierre CATIN paru dans la Lettre de Véritas n° 78, décembre 2003

Hervé CUESTA

 
 
 
 
Extraits de Paris-presse l'intransigeant " Dernière heure " jeudi 26 juillet 1962.


Le maire de Marseille a 150.000 habitants de trop. GASTON DEFFERRE : " Que les " pieds-noirs " aillent se réadapter ailleurs "

Il y a cent cinquante mille habitants de trop actuellement à Marseille. C'est le nombre des rapatriés d'Algérie qui pensent que le Grand Nord commence à Avignon et qui ne veulent pas quitter la ville du soleil malgré les sollicitations des autorités officielles

Cette présence massive de ces Français d'Afrique du Nord pose de graves problèmes au sénateur-maire, M. Gaston Defferre.


" Et les enfants ? Ici, pas question de les inscrire à l'école, car il n'y a déjà pas assez de place pour les petits Marseillais.

-Est-il vrai qu'il règne dans la ville de Marseille une certaine tension entre Marseillais et " pieds-noirs " ?
- " Oui, c'est vrai. Au début, le Marseillais était ému par l'arrivée de ces pauvres gens, mais bien vite les " pieds-noirs " ont voulu agir comme ils le faisaient en Algérie quand ils donnaient des coups de pieds aux fesses aux Arabes. Alors les Marseillais se sont rebiffés. "
" Mais, vous-même, regardez en ville : toutes les voitures immatriculées en Algérie sont en infraction… "

- Dans certains milieux politiques de Marseille on laisse entendre qu'aux prochaines élections, grâce aux 150.000 personnes qui sont arrivées récemment, votre siège de maire risque d'être en danger?

- " De toute façon, les élections n'auront lieu que dans trois ans et d'ici là, de l'eau peut couler sous le pont. "
" De plus, personnellement je les attends pour la bagarre. Voilà dix ans que mes ennemis politiques essaient de me faire basculer, mais il n'y a jamais eu à Marseille un maire qui ait fait autant que moi pour l'activité économique de la ville. Et ça, mes compatriotes le savent "

- Dans certains milieux de Marseille on prétend que vous avez à votre disposition une police spéciale, genre " barbouzes " est-ce exact ?

- " Non, je n'ai pas de " barbouzes " à ma disposition mais simplement des militants. Ils sont groupés en section en sous-sections. Il y en a à Marseille un peu plus de 15.000. "
" C'est la deuxième fédération de France. Et croyez-moi, ces gens savent se battre. Aux prochaines élections réunions électorales, si les " pieds-noirs " veulent nous chatouiller le bout du nez, ils verront comment mes hommes savent se châtaigner. "… Ce ne sont pas eux qui viendront, mais nous qui iront casser leurs réunions. " N'oubliez pas que j'ai avec moi une majorité de dockers et de chauffeurs de taxis ! "

-Pensez-vous que les " pieds-noirs " donnent l'impression d'être politiquement organisés ?
- " Non, pas du tout. Sinon ils auraient agi depuis longtemps. Il existe des membres des commandos Delta à Marseille, mais pour l'instant ils sont sans chefs et sans têtes de file. Ils sont donc inutilisables, du moins pour le moment. "

- Avez-vous embauché dans vos services municipaux des fonctionnaires " pieds-noirs " ?
- " Pas question que j'embauche des fonctionnaires car, depuis mon arrivée à la municipalité de Marseille, je me suis séparé déjà de 1.500 employés. "
-
- Voyez-vous une solution aux problèmes des rapatriés à Marseille ?
-" Oui, qu'ils quittent Marseille en vitesse ; qu'ils essaient de se réadapter ailleurs et tout ira pour le mieux. "

Interview réalisé par Camille GILLES.

 

Figaro-magazine 1997 .
Le journal La Croix du 24 février 1962, recommandait, au sujet des jeunes rapatriés qu’il fallait : « …éviter de laisser notre jeunesse se contaminer au contact de garçons qui ont pris l’habitude de la violence poussée jusqu’au crime ».

"Français d'Algérie, allez vous faire réadapter ailleurs..."
(Gaston Deferre, Paris -Presse du 22 juillet 1962)

Interview du maire de Marseille dans le journal Le Figaro du 26 juillet :
Question : « Voyez-vous une solution au problème des rapatriés de Marseille ? ».
Réponse : « Oui ! Qu’ils quittent Marseille en vitesse ».

Sur les bancs de l’Assemblée Nationale, il crie « il faut les pendre, les fusiller, les rejeter à la mer... », en ajoutant qu’ils ne les recevrait jamais dans sa cité.
"Ce sont des vacanciers. Il n'y a pas d'exode, contrairement à ce que dit la presse"
Robert BOULIN, conseil des Ministres du 30 mai 1962.
Cette phrase est répétée par De GAULLE (Alain PEYREFITTE "c'était De Gaulle"( Fayard 1994 page 137)

17 juin 1962, au Conseil des Ministres, Robert BOULIN récidive: "Ce sont bien des vacanciers, jusqu'à ce que la preuve du contraire soit apportée"
(PEYREFITTE o.c. page 173)

Conseil des Ministres du 25 juillet 1962, Robert BOULIN affirme: "La plupart des repliés à Marseille ne veulent pas travailler!"
(PEYREFITTE o.c. page 195)

"Ils ont une drôle d'allure, ces passagers en provenance d'Algérie!"
(l'Humanité du 6 janvier 1962)

François BILLOUX, député communiste, conseillait au Gouvernement de loger les rapatriés "dans les châteaux de l'OAS"
Il ajoute : " Ne laissons pas les repliés d'Algérie devenir une réserve du fascisme"
(l'Humanité du 5 juin 1962)

Louis JOXE au conseil des Ministres du 18 juillet 1962: "Les Pieds-Noirs vont innoculer le fascisme en France. Dans beaucoup de cas, il n'est pas souhaitable qu'ils retournent en Algérie ni qu'ils s'installent en France. Il vaudrait mieux qu'ils aillent en Argentine ou au Brésil"
(PEYREFITTE o.c. page 193)

Au conseil du 18 juillet 1962, en parlant des Pieds-Noirs, De Gaulle dit : « Il faut les obliger à se disperser sur l’ensemble du territoire ».Et Joxe renchérit : « Dans beaucoup de cas, il n’est pas souhaitable qu’ils s’installent en France où ils seraient une mauvaise graine » (Alain Peyrefitte dans C’était De Gaulle)

"Des cadres de déménagement de rapatriés sont plongés dans la mer pour les détériorer"
(Cécile Mercier o.c. page 94)
"Au moins le tiers de ces coffres était éventré. Leur contenu gisait, épars, sur le sol... Des hommes rôdaient parmi ces choses. Tous avaient les bras chargés de butin"
Serge GROUSSARD "un voyage sans retour avec les désespérés d'Algérie)

A Oran, tout bagage de rapatrié, qui traîne depuis plus de quatre jours en attente d'un navire, est "confisqué" par le F.L.N.
(Le monde , 2 octobre 1962)

Charles de Gaulle, Président de la République Française, le 22 octobre 1962, à l'Elysée, répond à PEYREFITTE qui lui disait:
"J"expose au Général le spectacle de ces rapatriés hagards, de ces enfants dont les yeux reflètent encore l'épouvante des violences auquelles ils ont assisté, de ces vieilles personnes qui ont perdu leurs repères, de ces Harkis agglomérés sous des tentes, qui restent hébétés..."
"N'ESSAYEZ PAS DE M'APITOYER!"
(PEYREFITTE, "c'était DE GAULLE"page 257)

"Les Harkis, ce magma dont il faut se débarrasser sans attendre"
De Gaulle, conseil des Ministres du 4 mai 1962

" Qu'est-ce que c'est que tous ces Fernandez, ces Lopez et autres Segura qui se voudraient français?" Charles de Gaulle (la lettre de Véritas n°92 page 8)
C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une minorité sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même, avant tout, un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Charles De Gaule (5 mars 1959) (crédit: la lettre de Véritas N° 100)
"Nous l'avons résolu ( le problème de l'Algérie ) comme il fallait, conformément au génie de la France et à son intérêt. Je vous prends à témoin, en un an, un million de Français dans ce pays ont été rapatriés sans heurts , sans drame, sans douleur, et intégrés dans notre unité nationale "
De Gaulle à Metz le 6 juin 1964
En conclusion, enfin une vérité: De Gaulle dit le 22 juillet 1964 à Peyrefitte : « Ils ont été absorbés comme par un papier buvard. Ça aurait pu être un fléau pour la France. Nous constatons qu’ils contribuèrent à l’expansion française »…